Les articles de Frère Manuel MAICAS

« Haie Pad ? T’écris ça comment ? Et ça veut dire quoi ? »

« Haie Pad ? T’écris ça comment ? Et ça veut dire quoi ? » De vous à moi, d’une fois sur l’autre j’oublie où mettre le « H » dans le sigle EHPAD (Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes) qui est le nom donné par notre 21e siècle à la « maison de retraite ». Notre secteur pastoral est assez bien pourvu de ce type d’établissement, qui se développe avec le vieillissement de la population. Mais tout comme l’ancienne dénomination, les bien-portants que nous sommes encore fréquentent bien peu ces structures -je trouve que c’est bien dommage- jusqu’à ce que ceux qui s’occuperont de nous plus tard, auront la sagesse de nous y mettre…

Evidemment, il existe des initiatives pour inviter les enfants des écoles à rendre visite aux papis/mamies, une chorale qui vient pousser la chansonnette avant Noël ou simplement, tout un chacun à aller passer un moment avec un parent ; mais en dehors de cela, l’acte gratuit d’aller visiter des anciens est une denrée rare. Et pourtant, l’édito du Père Grégoire de la semaine dernière, dans EPI et Notre Père, nous a rappelé comment Notre Seigneur nous reconnaitra comme ses disciples.
Alors laissez-moi vous donner un témoignage des liens qui sont en train de se tisser depuis quelques mois entre un EHPAD de notre secteur et la prison de Fleury-Mérogis.
Chaque dimanche, quand tout n’est pas à l’arrêt comme en ce moment, il faut trouver pour la prison 6 prêtres et 6 équipes de musiciens-chanteurs-animateurs, car il y a 6 bâtiments et le nombre de place est limité à 50 détenus par salle multifonction qui devient le dimanche une chapelle. Nous, une des équipes d’Evry qui intervient une fois toutes les 6 semaines environ, nous proposons des activités ludiques en lien avec la Parole de Dieu du dimanche, au moment de l’homélie. Ainsi les personnes détenues ont la possibilité d’exprimer avec leurs mains, avec des matériaux que nous leur fournissons, un objet qu’ils vont pouvoir conserver à l’issue de la messe et emporter dans leur cellule. Mais parce que nous ne pourrons pas entrer à la prison dans 3 semaines, nous avons fait parvenir cette semaine à l’aumônerie de la prison des femmes, une série de textes des Evangiles, qui sont classés par thèmes. Il s’agit des fruits de l’Esprit Saint selon saint Paul et qui sont « amour, joie, paix, patience, bienveillance, bonté, fidélité, douceur, maîtrise de soi. » Chacun est invité à choisir un de ces textes (ils sont traduits en 4 langues) et à exprimer par un dessin le fruit de l’Esprit choisi. Les dessins seront collectés par l’administration pénitentiaire qui a validé le projet, et chose exceptionnelle, les dessins sortiront de la prison. Récupérés par l’équipe d’aumônerie -qui n’a plus le droit d’entrer depuis le début du confinement- ils seront transmis à notre équipe qui les scannera et les enverra à l’EHPAD (où nous ne pouvons plus entrer non plus). Les papis/mamies volontaires de l’EHPAD, se verront remettre un ou plusieurs dessins qu’ils conserveront dans leur studio. Ils pourront prier pour que le détenu qui a fait ce dessin, puisse obtenir le fruit de l’Esprit et ainsi se préparer au mieux à la grande fête de Pentecôte.
Certes le détenu ne gardera pas son dessin mais il en conservera le souvenir, nous en sommes persuadés. Et, il saura aussi que quelqu’un, qu’il n’a jamais vu et qui est tout aussi emprisonné que lui, prie pour lui. Si cela ce n’est pas un moyen de « se faire la belle », c’est certainement une façon d’embellir son âme et de tisser des liens invisibles de prière et d’estime des autres, en étant liés par un dessin.
Et vous, ça vous donne quoi comme idée pour « astiquer votre auréole » de disciple ?

Frère Manuel , Maryse, Céline
8 mai 2020]

Dans les coulisses de la cathédrale

« Allo, débranche ta caméra, on veut surtout t’entendre... Dis-moi, dans quel environ-nement tu regardes la messe de la cathédrale sur Youtube ? Tu te lèves quand tout le monde se lève ? Tu es en pyjama ? Tu as éteins ton téléphone ? Tu as allumé une bou-gie ? Tes parents sont avec toi ?... »Afin de préparer la messe de dimanche prochain, Taysanne, Tony, Johnson, Jean-Mickael et Elysée sont réunis en distance réglementaire autour d’un ordinateur en mode Skype, pour dialoguer avec les autres servants enfants et ados, afin de com-prendre comment mieux les aider à prier grâce à la messe dominicale retransmise par le site Youtube. Fortes des réponses des interviewés, l’équipe de tournage prépare avec le célébrant le déroulement de la messe.Retour ligne automatique
Ce dimanche-là, les servants d’autel du secteur auraient dû recevoir l’aube pour les dé-butants et la croix pour les plus chevronnés, mais la pandémie est passé par ici... Comme ce sont les grands servants qui, depuis le début du confinement, assurent le service médiatique des messes et des autres méditations, ils veulent mieux rejoindre les plus jeunes d’entre eux. Dans le confinement nous souffrons tous de la passivité im-posée ; mais comment proposer de l’interactivité dans la retransmission de l’image, qui plus est d’un moment liturgique ou de prière ? Sans être professionnelle, cette équipe a de l’imagination et parvient à donner de la profondeur à l’ordinaire de la messe(gestes à faire chez soi, postures de prière à avoir) et les chants sont choisis avec le même souci. Il faut une messe où les servants et les autres spectateurs vivent quelque chose de fort, car ils baignent dans un environne-ment quotidien audiovisuel, avec des images de qualité. Retour ligne automatique
A vous de nous écrire pour nous dire s’ils ont bien relevé le défi !

Frère Manuel Maïcas o.p.
EPI mai 2020

Comment je fête Dieu ?

Les rédacteurs d’EPI m’ont demandé de vous donner un éclairage sur la différence entre le Carême et le Ramadan. Mais deux pratiques de deux religions peuvent- elles se comparer ?
Le mot «  Islam  » signifie il me semble, «  soumission (de tout l’être à Dieu)  », et c’est la reconnaissance humble et confiante de son règne pour le croyant musulman. Pratiquement, cette soumission s’exprime à travers cinq pratiques rituelles, dont le jeûne du Ramadan qui s’achève chaque soir dans le partage d’un repas. Cette solidarité entre croyants est aussi un entrainement pour faire face aux défis moraux de la vie courante. Avant la fin du mois, chaque fidèle est invité à payer l’aumône (une autre des cinq pratiques) pour se purifier de ses péchés et pour que la communauté vienne en aide aux pauvres. Alors les croyants peuvent participer à la « Fête de la rupture du jeûne » (en arabe : Aïd al-Fitr), le dernier jour du Ramadan. Elle est en importance la 2 ème fête du calendrier musulman.
Le mot «  christianisme  » désigne la religion qui reconnait en Jésus le Messie d’Israël qui est Seigneur et Fils de Dieu, comme l’atteste sa résurrection des morts ; celle-ci est le fondement de la foi des chrétiens et se fête à Pâques. Pour préparer cette fête, un entrainement de 40 jours appelé Carême, incite les croyants chrétiens à mesurer ce qui est mal en eux et comment le combattre pour arriver à mieux suivre le Christ. Pendant cette Quarantaine, ils jeûnent de nourriture ou de comportements superflus, et ils partagent plus avec les autres car c’est un temps privilégié pour rencontrer Dieu et le prochain. Le Carême s’achève par la Semaine sainte qui culmine dans la plus grande fête de l’année appelée fête de Pâques et qui dure 50 jours.
Et moi, comment est-ce que je fête Dieu mon Sauveur ? Comment je « fais mon miel » de cette autre tradition pratiquée par des croyants qui vivent dans la même ville que moi ? Les deux fêtes auxquelles aboutissent le Carême et le Ramadan, incitent à visiter ses voisins et se réjouir avec eux : n’est-ce pas une manière commune de rendre grâce à Dieu ?

Frère Manuel Maïcas,
équipe du secteur pastoral
Relations avec les Musulmans
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Page mise à jour le 2021-04-19 10:48:10