Discernement et décision par Père Patrick ANABA

Discernement et décision par Père Patrick

Préambule
Pour pénétrer cette réalité de la vie dans l’Esprit, nous serons aidés par le Père Michel Maret, sj de la communauté du Cénacle. Ainsi, d’après les fils de saint Ignace (les Jésuites), le discernement implique de savoir distinguer entre l’écoute de ses sentiments et de sa raison.
Il s’agit de déterminer, dans la mesure du possible, lesquels de ces mouvements nous conduisent au Seigneur et à Le servir, Lui et nos frères, avec une plus grande perfection, et lesquels nous détournent de cette fin. Deux instances indissociables sont impliquées dans cette opération :
•acte de percevoir (sens),
•acte de distinguer et de juger (intelligence et la raison).
Toutefois attention de ne pas prendre ses sentiments pour le désir de Dieu ou pour une inspiration du Saint Esprit.

I.Connais-toi, toi-même et tires-en le meilleur.
Le cœur de l’homme est un champ où sont mêlés le bon grain et l’ivraie. Celui-ci est comme une terre complexe avec ses différentes couches et leur histoire. Ces éléments, il faut les connaître, si l’on veut savoir ce que l’on peut y faire pousser et comment le faire pousser.
Pour résumer, on peut dire trois choses de nous-mêmes
•Premièrement, Je suis un corps vivant, avec un fonctionnement chimique complexe qui agit sur mon caractère, mes capacités, mon moral.
•En second lieu, J’ai une intelligence et des sentiments (niveau psychoaffectif). Dans leur intrication tout aussi complexe, je peux être porté à avoir telle ou telle autre préférence.
•Troisièmement, Je ressemble à Dieu (niveau spirituel). C’est la partie de nous-mêmes qui peut s’ouvrir à Dieu, s’ouvrir ou se fermer à l’amour, choisir le bien ou le mal.

Ces trois dimensions citées ont une interdépendance et s’influencent mutuellement dans les choix que je fais.

II. Les qualités requises au discernement spirituel
Pour exercer notre capacité à être libre sur le plan humain et spirituel, il nous est nécessaire de mobiliser un certain nombre de dispositions intérieures. Elles sont au nombre de quatre :
•Le désir de faire la volonté de Dieu. Cela suppose de notre part un abandon total pour ce qu’Il veut de nous, attitude de Jésus lui-même envers son Père.
•L’ouverture à Dieu toujours surprenant et dérangeant. Pour cela il nous faut pouvoir dépasser nos idées préconçues pour écouter Dieu seul et nous détacher de nos a priori.
•La connaissance de Dieu. C’est « une connaissance qui ne vient ni du raisonnement ni de l’analyse, mais d’une longue expérience de vie avec l’être aimé », une intimité partagée avec lui.
•La familiarité avec la Parole de Dieu est le chemin que Dieu a choisi pour se faire connaître à son Peuple, et à travers lequel il veut se faire connaître à moi.

Comment mener une décision ?

1. Les deux dimensions du discernement chez Ignace (d’après un texte du Père Maret, sj)

Mais comment faire pour être à même de prendre la bonne décision, lorsque nous sommes confrontés à deux choses bonnes devant lesquelles il nous faut nous positionner ?
Pour entrer dans cette aventure avec nous-mêmes et Dieu, nous allons passer notre terreau humain à un double filtre. Il s’agit du filtre rationnel et d’une attention à nos mouvements intérieurs. Comment cela se passe-t-il ?

Une attention à ma dimension rationnelle ( côté objectif )

D’abord, poser clairement l’alternative du choix que je suis appelé à poser, sous forme de questions :
- Préciser mes buts, mes options fondamentales, mes valeurs, l’orientation évangélique que je veux suivre.
- Examiner comment mon choix s’accorde au bien du prochain, de la société, au principe de l’amour (1 Co 8 et 13).
Réunir les informations dont on dispose et les passer à un double crible à propos de cette alternative positive qui est devant moi :
- D’abord les informations subjectives : quels sont mes moyens, mes aptitudes face aux informations dont je dispose ? C’est le principe de réalisme.
- Réunir aussi les informations objectives : que dit l’Evangile par rapport à cette réalité ? L’enseignement de l’Eglise ? Ou d’autres sources de repères éthiques ?

Une attention aux divers mouvements intérieurs (côté subjectif)

Il s’agit de l’analyse des mouvements intérieurs touchant aussi bien l’intellect que l’affectivité (la tête et le cœur).
Pour cela, il faut affiner, sans les séparer, son "sentir" au niveau biologique, psychologique (son affectivité et son intuition) et spirituel : ce sont les sens du coeur c’est-à-dire de l’être profond où Dieu réside. Cette unification des différentes dimensions de notre personnalité, dans la recherche de ce que Dieu veut pour moi, permet de tenir compte de toute ma personne.
Puis vient le temps de la décision.

Le temps de la décision (d’après le père Maret(s.j)

1. Quelques conditions pour prendre une bonne décision
· Ne pas prendre de décision dans un temps d’insécurité ou de grand bouleversement (deuil, divorce, échec…), ni sous le coup d’une trop grande émotion (conversion subite, coup de foudre, colère, déprime…)

Il faut du temps au psychisme, à l’affectivité, pour intégrer des événements marquants. Consentir au temps pour être dans les meilleures conditions d’une décision et d’un acte libres.
· Il peut être important d’opérer ce choix avec l’aide de quelqu’un qui peut m’aider à me situer sous le regard de Dieu, et à voir les tenants et aboutissants dans un horizon plus large que mon propre univers.

2. Relire l’ensemble
· Examiner comment les raisons s’organisent à présent (pour et contre). Qu’est-ce qui a le plus de poids en fonction des buts et des valeurs visés.
· Sentir ce qui me procure davantage de paix, de joie et d’élan (signes de l’Esprit, cf. Ga 5, 22-23)

3. Faire son choix en fonction de tous ces éléments
………..
4. Présenter à Dieu la décision
· Prendre un temps devant Dieu pour lui remettre cette décision.
· Lui demander de la con­firmer par des signes quels qu’ils soient, par des motions.
· Être particulièrement attentif aux sentiments intérieurs

  •  Paix, joie profonde, dynamisme, cohérence = signes de l’Esprit (cf. Ga 5, 22-23)
  •  Inquiétude, trouble, agitation, joie excitée, peur insurmontable, em­brouillement sont des signes que la décision n’est pas mûre, et qu’il faut reporter à plus tard ce choix.

    Après la décision (d’après le Père Maret, sj)

    1. Temps de la confirmation…
    · En soi-même
    · Repérer comment cette décision est confirmée par une paix durable, une joie et un dynamisme de vie paisibles, une facilité à surmonter les obstacles, une cohérence des événements.

    Encore une fois, être attentif aux motions intérieures.
    · Reconnaître les fruits de l’Esprit :

    « Tout arbre se reconnaît à ses fruits : un bon arbre ne peut pas donner de mauvais fruits » (Lc 6, 43- 44)

    « Le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi » (Ga 5, 22-23)

    · Dans les événements

    Repérer comment cette décision est confirmée par mon entourage, par les événements, par des signes, par mon comportement avec les autres.

    2. Temps de réajustement, si nécessaire

    · Si des signes montraient manifestement que mon choix n’était pas le bon, il faudrait envisager de reconsidérer le choix opéré.

    · Il peut intervenir aussi des circonstances, des événements qui modifient radicalement les données de la question.

    3. Temps de la fidélité

    · Mais en principe, à moins de signes manifestes et évidents montrant le contraire (cf. point 2), s’en tenir à la décision prise, en prenant appui sur ce que j’ai décidé en période de calme, et sur les éléments qui ont fondé mon choix.

    Pas de remise en cause lancinante. A priori, sauf preuve du contraire, le choix opéré est bon.

    · Mettre en œuvre cette décision et rester fidèle au pas posé.

    Maison bâtie sur le roc (Mt 7, 24-25)

    « Sois fidèle jusqu’à la mort, et je te donnerai la couronne de vie » (Ap 2, 10)

    P. Patrick Anaba

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    Page mise à jour le 2019-12-22 18:54:57