Editorial

« Haie Pad ? T’écris ça comment ? Et ça veut dire quoi ? »

« Haie Pad ? T’écris ça comment ? Et ça veut dire quoi ? » De vous à moi, d’une fois sur l’autre j’oublie où mettre le « H » dans le sigle EHPAD (Etablissement d’Hébergement pour Personnes Agées Dépendantes) qui est le nom donné par notre 21e siècle à la « maison de retraite ». Notre secteur pastoral est assez bien pourvu de ce type d’établissement, qui se développe avec le vieillissement de la population. Mais tout comme l’ancienne dénomination, les bien-portants que nous sommes encore fréquentent bien peu ces structures -je trouve que c’est bien dommage- jusqu’à ce que ceux qui s’occuperont de nous plus tard, auront la sagesse de nous y mettre…

Evidemment, il existe des initiatives pour inviter les enfants des écoles à rendre visite aux papis/mamies, une chorale qui vient pousser la chansonnette avant Noël ou simplement, tout un chacun à aller passer un moment avec un parent ; mais en dehors de cela, l’acte gratuit d’aller visiter des anciens est une denrée rare. Et pourtant, l’édito du Père Grégoire de la semaine dernière, dans EPI et Notre Père, nous a rappelé comment Notre Seigneur nous reconnaitra comme ses disciples.
Alors laissez-moi vous donner un témoignage des liens qui sont en train de se tisser depuis quelques mois entre un EHPAD de notre secteur et la prison de Fleury-Mérogis.
Chaque dimanche, quand tout n’est pas à l’arrêt comme en ce moment, il faut trouver pour la prison 6 prêtres et 6 équipes de musiciens-chanteurs-animateurs, car il y a 6 bâtiments et le nombre de place est limité à 50 détenus par salle multifonction qui devient le dimanche une chapelle. Nous, une des équipes d’Evry qui intervient une fois toutes les 6 semaines environ, nous proposons des activités ludiques en lien avec la Parole de Dieu du dimanche, au moment de l’homélie. Ainsi les personnes détenues ont la possibilité d’exprimer avec leurs mains, avec des matériaux que nous leur fournissons, un objet qu’ils vont pouvoir conserver à l’issue de la messe et emporter dans leur cellule. Mais parce que nous ne pourrons pas entrer à la prison dans 3 semaines, nous avons fait parvenir cette semaine à l’aumônerie de la prison des femmes, une série de textes des Evangiles, qui sont classés par thèmes. Il s’agit des fruits de l’Esprit Saint selon saint Paul et qui sont « amour, joie, paix, patience, bienveillance, bonté, fidélité, douceur, maîtrise de soi. » Chacun est invité à choisir un de ces textes (ils sont traduits en 4 langues) et à exprimer par un dessin le fruit de l’Esprit choisi. Les dessins seront collectés par l’administration pénitentiaire qui a validé le projet, et chose exceptionnelle, les dessins sortiront de la prison. Récupérés par l’équipe d’aumônerie -qui n’a plus le droit d’entrer depuis le début du confinement- ils seront transmis à notre équipe qui les scannera et les enverra à l’EHPAD (où nous ne pouvons plus entrer non plus). Les papis/mamies volontaires de l’EHPAD, se verront remettre un ou plusieurs dessins qu’ils conserveront dans leur studio. Ils pourront prier pour que le détenu qui a fait ce dessin, puisse obtenir le fruit de l’Esprit et ainsi se préparer au mieux à la grande fête de Pentecôte.
Certes le détenu ne gardera pas son dessin mais il en conservera le souvenir, nous en sommes persuadés. Et, il saura aussi que quelqu’un, qu’il n’a jamais vu et qui est tout aussi emprisonné que lui, prie pour lui. Si cela ce n’est pas un moyen de « se faire la belle », c’est certainement une façon d’embellir son âme et de tisser des liens invisibles de prière et d’estime des autres, en étant liés par un dessin.
Et vous, ça vous donne quoi comme idée pour « astiquer votre auréole » de disciple ?

Frère Manuel , Maryse, Céline
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Page mise à jour le 2020-05-13 19:10:58